Légende de la photo : L’interview menée par Philippe Coupérie-Eiffel avec Dengjun Wang, chez Jean-Luc Ansel. Transcription de l’entretien ci-dessous.
📖Préface de Dr. Christophe Masson, Directeur Général de Cosmetic Valley
📖Préface du Dr. Jean-Luc Ansel, Fondateur de Cosmetic Valley et Officier de la Légion d’Honneur
Quelques extraits de contenu en français
• Si tu apprends chimie en France, tu dois travailler en cosmétique
— extrait du tome 1, chapitre 2, Partir étudier au pays du romantisme
• Je suis devenu breton dès mon premier week-end en France
— extrait du tome 1, chapitre 2, Partir étudier au pays du romantisme
— extrait du tome 1, chapitre 12, La lune rouge sur Montmartre
• Fabrication des rouges à lèvres dans le TP de l’école de chimie de Bordeaux
— extrait du tome 4, chapitre 10, L’auberge des cultures
• Les réseaux professionnels de la cosmétique en France
— extrait du tome 4, chapitre 14 : Réseaux professionnels et alumni
• À la rencontre de la science cosmétique française
— extrait du tome 5, chapitre 4, Société Française de Cosmétologie
• Mon premier contact avec la Cosmetic Valley
— extrait du tome 5, chapitre 4, Société Française de Cosmétologie
— Extrait de la conclusion de mon récit mémorial
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L’interview menée par Philippe Coupérie-Eiffel, Président de l’Association des Amis de Gustave Eiffel et de la Tour Eiffel
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Philippe COUPERIE EIFFEL se présente:
Chers lecteurs du Club de Lecteurs de Lumière, bonjour à tous ! Nous sommes de retour pour un nouveau rendez-vous de rencontre avec les auteurs de grandes œuvres. Je suis Philippe Coupérie Eiffel, ambassadeur européen et maître de lecteur du Club de Lecteurs de Lumière. En plus de cela, je suis aussi le président de l’Association des Amis de Gustave Eiffel et de la Tour Eiffel.
Mon arrière-grand-père, Monsieur Gustave Eiffel, a consacré sa vie au partage des connaissances et à la connexion entre les gens. Il a construit de nombreux ponts célèbres, la romantique Tour Eiffel, la Statue de la Liberté à l’entrée du port de New York, et a contribué à la construction du canal de Panama, reliant l’Atlantique au Pacifique. Monsieur Gustave Eiffel est aussi la première personne qui étudie l’aérodynamique expérimental, travaille sur l’aviation moderne, construit le premier avion à aile basse, étudie le métro parisien, le tunnel sous la manche, les premiers Atlas météo, la radiotélégraphie sans fil, la radio.
Tous ces accomplissements, ainsi que ses œuvres grandioses, sont racontés dans mon livre “Eiffel par Eiffel”. Je suis ravi d’être ici aujourd’hui, en tant que maître de lecteur du Club de Lecteurs de Lumière, pour partager et échanger des connaissances avec nos lecteurs chinois.
Philippe COUPERIE EIFFEL présente Jean-Luc ANSEL, la cosmetic valley et la cosmétopie:
Je tiens également à exprimer mon remercement à Monsieur Jean-Luc Ansel, fondateur et premier directeur général de la Cosmetic Valley, qui nous accueille aujourd’hui chez lui pour cette interview. Monsieur Ansel a créé la Cosmetic Valley il y a 30 ans avec Jean-Paul Guerlain, et cette initiative est rapidement devenue le moteur central de l’intégration entre l’industrie, la recherche et l’éducation dans le secteur des cosmétiques à travers le monde. Aujourd’hui, Les régions impliquées dans la Cosmetic Valley incluent l’Île-de-France (Grand Paris), la Normandie, la région Centre-Val de Loire, et la Nouvelle-Aquitaine. Ces zones couvrent environ 30 % de la superficie de la France métropolitaine. De plus, la Cosmetic Valley s’étend également aux départements et territoires d’outre-mer français, tels que la Guyane, la Martinique et La Réunion. Parmi les membres les plus connus de la Cosmetic Valley, on compte L’Oréal, Chanel, Hermès, LVMH, Dior, Guerlain, Sephora, Coty, Sisley, Clarins, Pierre Fabre, et bien d’autres entreprises de renom mondial. Un flacon de cosmétique sur dix dans le monde provient de la Cosmetic Valley.
Sur le plan académique, Monsieur Ansel a fondé une toute nouvelle discipline, la cosmétopée, qui vise à découvrir et à utiliser des plantes et des remèdes naturels issus des cultures traditionnelles du monde entier pour les cosmétiques. Lors du Sommet “One forest sommet” tenu au Mali en 2023, le président de la France Emmanuel Macron a présenté pour la première fois la cosmétopée au monde entier. La médecine traditionnelle chinoise offre une source d’inspiration infinie pour la cosmétopée. Monsieur Ansel a regroupé toutes ses réflexions sur cette discipline dans son livre intitulé « Carnets de route de la cosmétopée et des traditions cosmétiques », une exploration fascinante des savoirs cosmétiques à travers le monde.
Philippe COUPERIE EIFFEL présente WANG Dengjun:
Aujourd’hui, je vais interviewer un auteur que je connais depuis 7 ans, mon cher ami le Dr. Wang Dengjun. Il est venu en France il y a 20 ans grâce à un programme d’échange entre l’Université de Shandong et la Bretagne. Il a obtenu un diplôme d’ingénieur à Bordeaux, puis un doctorat en chimie à Paris. Pendant ses études, il a développé le tout premier après-shampoing de L’Oréal spécialement conçu pour les cheveux des Chinois. Depuis 2014, il aide la Cosmetic Valley et ses membres à gérer leurs relations avec la Chine, en tant qu’ami, et a pris part à de nombreux moments clés de l’industrie cosmétique franco-chinoise.
En 2017, j’ai aussi eu l’occasion d’apporter mon soutien à un projet de Dr. Wang concernant les Jeux Olympiques d’hiver de Pékin 2022, mais ce projet n’a finalement pas abouti. Toutefois, le livre que Dr. Wang vous présente aujourd’hui ne parle pas de ces grands moments d’échanges franco-chinois qu’il a vécus et observés. Il s’agit plutôt d’un recueil de souvenirs de sa jeunesse, intitulé Ces temps de jeunesse. Une plongée intime dans les petites choses du quotidien de ses années de jeunesse.
Philippe demande la question numéro 1 :
Peux-tu nous parler un peu du contenu principal de ton livre ?
Dengjun répond à la question 1 :
Bien sûr ! C’est un livre autobiographique qui raconte ma jeunesse, il y a 20 ans, lorsque je suis arrivé en France et les expériences que j’ai vécues dans les années qui ont suivi. C’est aussi une réflexion sur les différences et similitudes profondes entre les cultures chinoise et occidentale, et une exploration de la manière dont différentes cultures peuvent se comprendre, se découvrir et se mélanger.
L’histoire commence lorsque, pendant mes études en prépa à Rennes il y a 20 ans, j’ai été beaucoup aidé, et même sauvé, par une camarade moldave de ma classe, qui est devenue une amie très chère. Mais après la fin de notre prépa, nous avons poursuivi nos études dans deux villes différentes pour école d’ingénieur. À ce moment-là, une personne jalouse a manipulé notre confiance en utilisant des mensonges, nous faisant croire que nos malentendus venaient de différences irréconciliables entre les cultures de l’Orient et de l’Occident. C’est là que j’ai décidé d’explorer la vraie nature des différences entre les cultures orientale et occidentale, et comment ces différences pouvaient être surmontées pour favoriser une meilleure compréhension et une fusion des cultures. Le livre suit ce fil conducteur, et à travers mes yeux, les lecteurs pourront découvrir plus de 20 villes françaises et rencontrer plus de 300 personnages de différents âges, métiers et nationalités. Ils verront comment ces gens de diverses origines interagissent, vivent, apprennent et travaillent ensemble dans le grand creuset qu’est la France.
Des fois ce livre racontre des conflits culturels forts entre l’Orient et l’Occident, et de la manière dont j’ai appris à les surmonter. J’ai cherché à comprendre la source de ces malentendus entre moi et la fille moldave, grandissant avec un sentiment de confusion avant de petit à petit gagner en confiance en moi même. C’est donc aussi un livre sur le cheminement vers la maturité. Il détaille particulièrement les réflexions et les philosophies de vie de centaines de Français que j’ai rencontrés, ainsi que leurs discussions sur les différences et la fusion des cultures chinoise et française. Ces dernières offrent une riche source de données de première main sur les échanges culturels sino-français, qui pourront orienter de manière plus ciblée les futurs échanges entre nos deux pays. Le livre, intitulé à l’origine “Christina”, compte 1,5 million de mots et raconte mes sept ans et demi d’expériences, de mon arrivée en France en 2004 à mes débuts professionnels début 2012. Il est entièrement terminé. Les 350 000 premiers mots ont été publiés par la Shandong Education Press sous le titre “Ces temps de jeunesse”. Cette partie se concentre principalement sur mes deux premières années en France, lorsque j’étudiais en classe préparatoire à Rennes, et sur les personnes que j’y ai rencontrées.
Philippe demande la question numéro 1 :
Peux-tu nous parler un peu du contenu principal de ton livre ?
Dengjun répond à la question 1 :
Bien sûr ! C’est un livre autobiographique qui raconte ma jeunesse, il y a 20 ans, lorsque je suis arrivé en France et les expériences que j’ai vécues dans les années qui ont suivi. C’est aussi une réflexion sur les différences et similitudes profondes entre les cultures chinoise et occidentale, et une exploration de la manière dont différentes cultures peuvent se comprendre, se découvrir et se mélanger.
L’histoire commence lorsque, pendant mes études en prépa à Rennes il y a 20 ans, j’ai été beaucoup aidé, et même sauvé, par une camarade moldave de ma classe, qui est devenue une amie très chère. Mais après la fin de notre prépa, nous avons poursuivi nos études dans deux villes différentes pour école d’ingénieur. À ce moment-là, une personne jalouse a manipulé notre confiance en utilisant des mensonges, nous faisant croire que nos malentendus venaient de différences irréconciliables entre les cultures de l’Orient et de l’Occident. C’est là que j’ai décidé d’explorer la vraie nature des différences entre les cultures orientale et occidentale, et comment ces différences pouvaient être surmontées pour favoriser une meilleure compréhension et une fusion des cultures. Le livre suit ce fil conducteur, et à travers mes yeux, les lecteurs pourront découvrir plus de 20 villes françaises et rencontrer plus de 300 personnages de différents âges, métiers et nationalités. Ils verront comment ces gens de diverses origines interagissent, vivent, apprennent et travaillent ensemble dans le grand creuset qu’est la France.
Des fois ce livre racontre des conflits culturels forts entre l’Orient et l’Occident, et de la manière dont j’ai appris à les surmonter. J’ai cherché à comprendre la source de ces malentendus entre moi et la fille moldave, grandissant avec un sentiment de confusion avant de petit à petit gagner en confiance en moi même. C’est donc aussi un livre sur le cheminement vers la maturité. Il détaille particulièrement les réflexions et les philosophies de vie de centaines de Français que j’ai rencontrés, ainsi que leurs discussions sur les différences et la fusion des cultures chinoise et française. Ces dernières offrent une riche source de données de première main sur les échanges culturels sino-français, qui pourront orienter de manière plus ciblée les futurs échanges entre nos deux pays. Le livre, intitulé à l’origine “Christina”, compte 1,5 million de mots et raconte mes sept ans et demi d’expériences, de mon arrivée en France en 2004 à mes débuts professionnels début 2012. Il est entièrement terminé. Les 350 000 premiers mots ont été publiés par la Shandong Education Press sous le titre “Ces temps de jeunesse”. Cette partie se concentre principalement sur mes deux premières années en France, lorsque j’étudiais en classe préparatoire à Rennes, et sur les personnes que j’y ai rencontrées.
Philippe demande la question numéro 2 :
Merci ta présentation de ton livre Ces temps de jeunesse. Ma première question pour toi, Dengjun, et je pense que c’est aussi celle que se posent nos lecteurs, c’est : en tant que docteur en chimie, un scientifique, qu’est-ce qui t’a poussé à écrire un livre et à devenir écrivain ?
Dengjun répond à la question 2 :
Depuis tout petit, j’ai toujours eu un attachement très fort à l’expression et à l’art. Mes parents travaillaient dans la recherche : mon père était mathématicien et ma mère, médecin. Ils espéraient que je devienne scientifique, alors j’ai choisi d’étudier la chimie. Mais même pendant mes études, je savais que je voulais travailler dans l’industrie des cosmétiques. Parce que parmi toutes les branches de la chimie, c’est dans l’industrie des cosmétiques que l’on met le plus en valeur l’expression et l’art.
Le secteur des cosmétiques, c’est un monde où l’on raconte des histoires. Je ne parle pas seulement de publicité, mais aussi de cette connexion émotionnelle qui se crée lorsqu’un produit entre en contact avec la peau d’un client. Quand on utilise un parfum ou du maquillage pour se faire remarquer, pour affirmer notre individualité, c’est une forme d’expression qui va au-delà des mots. Et les gens qui aiment s’exprimer aiment aussi se connecter aux autres.
Je tiens particulièrement à partager ce que j’aime avec tout le monde. Mais quand je faisais mon doctorat, j’ai commencé à sentir que, bien souvent, la science restait dans un cercle restreint. Certains de mes camarades de l’école d’ingénieur en chimie à Bordeaux travaillent aujourd’hui dans des secteurs comme l’énergie, le nucléaire, la pharmacie ou même l’aérospatiale. Ils produisent des choses dont tout le monde profite, mais que peu de gens comprennent vraiment. Ça, je trouve ça dommage. Heureusement, l’industrie des cosmétiques a toujours fait un effort pour communiquer avec le grand public.
Comme tu peux le voir, c’est cette passion pour l’expression qui m’a poussé à choisir l’industrie des cosmétiques parmi toutes les branches de la science. Et grâce à cette industrie, j’ai été amené à réfléchir en profondeur sur la relation entre la science et l’expression. J’ai intégré le secteur des cosmétiques autour de 2009-2010, à une époque où les échanges entre la Chine et la France dans ce domaine commençaient à se renforcer. J’ai eu la chance de rencontrer Monsieur Ansel et de gagner sa confiance, ce qui m’a permis de participer à de nombreux moments clés dans les échanges cosmétiques sino-français avec la Cosmetic Valley. Très souvent, j’étais au centre des échanges d’informations entre mes homologues chinois et français.
À travers ces expériences, j’ai aussi pu constater que, que ce soit dans l’industrie des cosmétiques ou dans d’autres secteurs, la complémentarité entre la Chine et la France est évidente. Tout le monde comprend que cette coopération pourrait apporter des bénéfices économiques majeurs, favorisant un réel gagnant-gagnant. Cependant, malgré une forte volonté de collaborer des deux côtés, j’ai souvent observé qu’en pratique, les projets se heurtaient à des différences culturelles. Ces différences, surtout dans certains détails, faisaient que des projets pourtant très prometteurs n’ont pas pu avancer aussi bien qu’ils l’auraient dû.
Je me souviens, quand j’étais plus jeune et que j’ai été confronté à cette situation pour la première fois, j’avais beaucoup de mal à comprendre. Je ne comprenais pas pourquoi il y avait tant de différences culturelles entre la Chine et la France. Pour vous, cela peut sembler évident, car pour la plupart des gens, c’est normal que deux pays situés aux deux extrémités du monde aient des différences culturelles. Mais moi, je suis arrivé en France à 20 ans, et j’ai grandi avec mes camarades français. Nous étions tous au même stade de la vie, passant du lycée à l’université, puis à l’entrée dans le monde adulte. Nous faisions face ensemble à des défis inédits, et nous apprenions ensemble comment naviguer dans la vie. Cette expérience a naturellement fusionné la culture chinoise que j’avais acquise avant mes 20 ans avec la culture française que je découvrais alors.
C’est pourquoi, plus tard, quand je discutais de projets de coopération sino-française avec des collègues, qu’ils soient chinois ou français, je ne ressentais pas cette distance culturelle. Pour moi, la Chine et la France fonctionnaient comme deux mains, la gauche et la droite : complémentaires et interconnectées. Ce n’est qu’en grandissant que j’ai réalisé que j’étais le seul à voir la culture chinoise et la culture française comme totalement unifiées, sans distinction. Ce qui me semblait évident dans les projets de coopération sino-française était en réalité difficile à comprendre pour les autres. C’est pourquoi j’ai voulu écrire ce livre, pour partager avec mes amis chinois et français ma vision du monde. Cette familiarité avec les deux cultures donne une sorte d’intuition, une capacité à anticiper quels projets de coopération entre la Chine et la France ont le plus de potentiel et peuvent réellement apporter des bénéfices mutuels pour les deux peuples.
Prenons un exemple concret : aujourd’hui, la Chine encourage fortement ses marques locales à s’exporter à l’international. Cependant, dans le domaine des cosmétiques, la Chine n’a pas encore atteint le même niveau d’intégration entre la recherche, la production et le développement que la France. Ce manque d’intégration limite la compétitivité de la Chine sur le marché mondial. Pourtant, la Chine dispose de scientifiques extrêmement talentueux. Ce qui manque, c’est un écosystème comme celui de la Cosmetic Valley créé par Monsieur Ansel, qui intègre efficacement la recherche scientifique et la production industrielle. Cet exemple est une source d’inspiration précieuse pour la Chine.
C’est pour cela que je suis toujours désireux de partager avec mes collègues chinois l’essence de l’excellence française. Par exemple, des projets comme la Beauté ville de Huzhou ou la l’oriental beauty valley de Shanghai s’inspirent directement de la Cosmetic Valley pour structurer leurs propres systèmes d’intégration entre recherche et industrie. Grâce à ces efforts, l’industrie cosmétique chinoise a fait d’énormes progrès ces dernières années, et j’ai eu la chance de contribuer à ce développement.
Cependant, même si les deux parties étaient d’accord sur les grandes lignes des projets que je proposais, en pratique, il y avait toujours une certaine distance et une méconnaissance mutuelle. Chacun considérait l’autre pays comme un ami, mais pas comme un frère. Quand des incompréhensions survenaient, je passais beaucoup de temps à expliquer aux deux parties la culture de l’autre, à clarifier comment l’autre pensait et ce qu’il essayait de dire. À force de répéter sans cesse ces explications culturelles, je me suis dit : pourquoi ne pas écrire un livre pour expliciter une bonne fois pour toutes ces différences culturelles ?
Un scientifique a toujours des idées innovantes. Un des grands symboles de l’esprit d’innovation en France, c’est bien sûr votre arrière-grand-père, Gustave Eiffel. Il a su innover en trouvant une méthode pour poser les piliers du passerelle Eiffel sur les eaux tumultueuses de la Garonne, et il a construit la Tour Eiffel, qui était à l’époque la plus haute construction de l’histoire de l’architecture humaine, capable de résister aux vents les plus violents.
À mes côtés, Monsieur Ansel a lui aussi incarné cette innovation en créant la Cosmetic Valley, le cœur de l’intégration entre l’industrie, la recherche et l’enseignement dans le domaine des cosmétiques en France. Il y a dix ans, il a fondé le Salon Cosmetic 360 au Louvre, le premier événement mondial dédié à l’innovation scientifique en cosmétique.
Pour rendre le monde meilleur et au service du bien-être des gens, un scientifique trouve toujours des idées que personne d’autre n’aurait envisagées pour accomplir ses rêves. Alors, afin que les peuples chinois et français puissent mieux se comprendre, et que les projets bénéfiques aux deux pays puissent se concrétiser de manière plus efficace, avec des résultats optimaux pour la société, j’ai décidé d’écrire un livre. C’est aussi une forme d’innovation.
Philippe demande la question numéro 3:
Tu dis que publier un livre est une forme d’innovation, mais en Chine, il existe déjà beaucoup de livres sur la France, et chaque année, de nombreux Chinois viennent visiter ce pays. Écrire un livre en chinois sur la France ne semble donc pas si original. Qu’est-ce qui différencie ton livre des autres ? Qu’est-ce que tes lecteurs peuvent trouver dans ton livre qu’ils ne trouveraient pas ailleurs ?
Dengjun répond à la question 3 :
Tu as tout à fait raison, il y a énormément de livres en chinois qui parlent de la France. Mais la plupart de ces ouvrages sont écrits par des Chinois qui regardent la France comme un pays étranger, avec un certain recul. Comme je l’ai mentionné tout à l’heure, il y a cette sorte de distance, cette idée qu’il y a d’un côté les Français, et de l’autre les Chinois, deux mondes différents. Presque tous les livres qui présentent la France partent de ce principe que la Chine et la France ne sont pas pareilles. Ils décrivent la France du point de vue d’un observateur extérieur : un site touristique, un bout d’histoire ou un personnage célèbre français. Parfois même des récits de voyage parlent des impressions d’un étranger vivant en France, ou des voisins français qu’il a rencontrés. Mais ces voisins sont souvent décrits avec une sorte d’étiquette : “Regardez, c’est comme ça que sont les Français”.
Ces livres présentent la France, mais avant même de commencer, ils lui collent une étiquette. Ils généralisent souvent à partir de quelques expériences individuelles pour décrire tout un peuple ou une culture. C’est un peu comme nous, quand on parle des cultures des autres pays. Ici à Paris, il y a des gens de toutes nationalités, de toutes cultures. Mais quand on parle d’un pays, on a tendance à dire : “Ah, les gens de ce pays aiment ça, ou ceux-là font toujours comme ça”. On met des gens dans des cases en fonction de leur nationalité. C’est une façon courante de comprendre le monde, mais ça crée une séparation, une sorte de distance entre “eux” et “nous”.
Comme je l’ai expliqué dans ma réponse précédente, la première fois que j’ai ressenti cette distance, cette sorte de barrière entre Chinois et Français quand ils essayent de collaborer, ça m’a surpris, car pendant ma jeunesse, je n’avais jamais vraiment ressenti ça. Mais dans mon livre, il n’y a pas cette distance. Mon livre n’est pas une présentation des monuments français, c’est une autobiographie, une plongée dans mes souvenirs de jeunesse. J’y raconte les expériences que j’ai vécues, les gens que j’ai rencontrés, et les interactions humaines que j’ai eues avec eux. Et dans ces récits, cette séparation entre nationalités n’existe pas.
Les premiers lecteurs de mon livre m’ont dit qu’après l’avoir lu, ils ont soudain pris conscience que les Français et les Chinois se ressemblent beaucoup plus qu’ils ne le pensaient. Les Français ont les mêmes émotions, les mêmes façons de gérer les relations humaines, les mêmes questionnements émotionnels. Ils partagent aussi cette envie commune d’une vie meilleure. Ce que mes lecteurs ont ressenti, c’est quelque chose qu’ils n’avaient jamais trouvé dans un autre livre sur une culture étrangère.
Cette expérience d’effacer les frontières entre les nations, pour se concentrer sur la connexion humaine, c’est quelque chose qui, peut-être, n’est accessible qu’à des personnes ayant vécu une expérience aussi particulière que la mienne. Mais c’est aussi une expérience essentielle pour toute collaboration internationale. J’espère que mon livre, et les interactions entre les personnages de différentes cultures qu’il décrit, pourront montrer aux lecteurs, en Chine et en France, que cette connexion humaine dépasse les différences nationales. En fait, j’ai l’intuition que ce livre aura un impact social important. Il pourrait même populariser une nouvelle façon de penser à grande échelle, peut-être marquer l’histoire diplomatique mondiale, en favorisant des liens plus profonds entre les peuples de cultures différentes.
Ces liens sont très différents de ce que nous appelons habituellement des échanges culturels. En général, quand on parle d’échanges culturels, on souligne les différences entre nos cultures, et comment elles peuvent s’enrichir mutuellement. Mais dans ce livre, j’ai voulu faire quelque chose de différent, j’ai voulu effacer ces différences. Le livre se déroule dans un environnement multiculturel, mais malgré cette diversité, le récit montre que les connexions humaines transcendent les différences culturelles et se concentrent avant tout sur la résonance des cœurs. Cette connexion humaine peut dépasser les barrières culturelles, et c’est peut-être pour cela que ce livre pourrait devenir une référence dans l’histoire des échanges culturels. C’est aussi pour cela que je dis toujours que ce livre est un véritable récit autobiographique, et que j’insiste sur le fait que chaque événement relaté dans ce livre a vraiment eu lieu. Je n’ai rien modifié, rien embelli. C’est parce que les idées que j’y présente peuvent sembler trop idéalistes. Ce concept d’une harmonie universelle entre les peuples, certains diront que cela relève du rêve. Mais j’insiste sur la véracité de ce que j’ai vécu et relaté dans ce livre pour prouver à mes lecteurs que cet état idéal, cette beauté dans les relations humaines, peut vraiment exister. Je l’ai vu de mes propres yeux. J’en suis le témoin.
Philippe demande la question numéro 4:
Peux-tu partager avec nos lecteurs, quand tu as commencé à écrire, quelle était ta première idée ? Comment as-tu abordé le processus d’écriture ?
Dengjun répond à la question 4 :
Quand j’ai commencé à écrire, je me posais toujours cette question : “Qu’est-ce que ce que j’écris peut apporter à la société ?” Je sais que beaucoup d’auteurs écrivent pour exprimer leurs sentiments, mais l’éducation que j’ai reçue m’a toujours appris à mettre le service à la société avant mes propres désirs. Ma mère fait partie de la première génération d’étudiants diplômés après la Révolution culturelle en Chine. Après l’université, elle a été affectée dans le meilleur hôpital de la ville, mais mon grand-père a contacté la direction de l’hôpital pour la faire transférer dans l’hôpital le moins bien équipé de la ville. Il pensait qu’il fallait toujours répondre aux besoins de la société avant de satisfaire ses propres désirs. Cette façon de penser m’a profondément marqué.
Ce livre, je l’ai écrit pour la société. Mon objectif, c’est que chaque lecteur puisse mieux comprendre une autre culture, et développe un esprit plus ouvert. Cela pourrait, en fin de compte, contribuer à l’amitié entre les peuples chinois et français. Mais avant de commencer à écrire, je devais répondre à une question centrale : “Qu’est-ce que la France ? Qu’est-ce que la Chine ? Quelle est l’essence de ces deux cultures, et qu’est-ce qui les différencie fondamentalement ?” Je devais être très clair sur ces points avant de pouvoir écrire un livre sur la fusion culturelle.
Même si j’espère que ce livre donnera aux lecteurs une impression de fusion entre les cultures, une expérience où l’on dépasse les différences culturelles, je sais bien que, dès qu’un lecteur chinois ou français prend ce livre en main, il a déjà une idée en tête : pour lui, l’autre culture, celle de l’autre côté du globe, est très lointaine. Ils s’attendent à des différences. Si je leur disais d’entrée de jeu que les cultures chinoise et française sont fondamentalement les mêmes, ils ne me croiraient pas. Je dois donc d’abord répondre à leurs attentes, en montrant les différences superficielles entre les deux cultures. Mais au fil du livre, à travers une réflexion plus approfondie, ils vont réaliser que ces différences culturelles ne sont finalement pas si importantes. Ce qui compte vraiment, c’est que les émotions humaines résonnent entre elles, qu’elles se rejoignent, peu importe la culture.
Philippe demande la question numéro 5:
Quels ont été les moments les plus difficiles pendant l’écriture de ton livre ? Comment as-tu surmonté ces défis ?
Dengjun répond à la question 5 :
Comme je l’ai mentionné dans ma réponse précédente, l’un des objectifs principaux de ce livre est de promouvoir la collaboration scientifique dans le secteur des cosmétiques entre la Chine et la France. Je souhaite bien refléter l’esprit de la recherche scientifique dans l’industrie cosmétique française à travers ce livre. Surtout que l’école de chimie de Bordeaux, où j’ai étudié, est un des pôles importants de cette industrie. Il existe peu de livres sur la France qui sont écrits par des personnes ayant réellement fait de la recherche scientifique. Du coup, dans mon livre, je parle aussi des projets de recherche auxquels j’ai participé en tant qu’étudiant, pour que les futurs lecteurs du secteur cosmétique puissent vraiment ressentir cet esprit scientifique et en comprendre tout l’attrait.
Mais je savais aussi que la plupart des lecteurs ne sont pas familiarisés avec le monde de la recherche. Si j’utilisais trop de termes techniques, je risquais de les décourager. Le vrai défi a donc été de trouver un équilibre : écrire des passages assez précis pour refléter le sérieux de la recherche, tout en restant accessibles à des lecteurs avec différents niveaux de connaissances. C’était un gros challenge.
Cependant, le plus difficile pour moi a été de trouver un moyen de transmettre mon message dans un monde où les courts-métrages vidéo sont devenus le moyen de communication le plus rapide et le plus populaire. Les gens ont un rythme de vie tellement effréné qu’ils n’ont plus beaucoup de temps à consacrer à la lecture. Bien sûr, l’écriture reste l’un des moyens les plus efficaces pour transmettre des idées en profondeur. Contrairement à une vidéo, qui doit être regardée du début à la fin pour bien en saisir le sens, un texte permet d’aller directement à l’essentiel en un coup d’œil. De plus, la profondeur de réflexion qu’offre l’écriture est incomparable avec d’autres formes de média. Sous cet angle, le livre reste un média irremplaçable. Il doit juste évoluer pour s’adapter à cette ère de consommation d’informations par fragments.
Quand j’écrivais, je pensais souvent à “À la recherche du temps perdu” de Proust. Ce livre est très long, et beaucoup de gens ont du mal à le lire en entier. Pourtant, cela n’empêche pas qu’il soit constamment mentionné. C’est parce que Proust a su intégrer toute la culture française dans les détails de son texte. Peu importe où l’on ouvre une page au hasard, on peut plonger dedans et apprécier la lecture sans avoir besoin de suivre l’intrigue dans son intégralité. Pour moi, le charme de ce livre réside dans ses détails, qui capturent l’essence de la culture française.
Dans mon livre, j’ai aussi beaucoup mis l’accent sur les détails. Les lecteurs d’aujourd’hui n’ont souvent que des moments fragmentés pour lire, alors j’ai voulu que mon livre puisse être apprécié même s’il est ouvert à une page au hasard. En intégrant la culture française dans l’histoire que je raconte, je voulais que chaque mot, chaque phrase, respire cette richesse culturelle. Mon objectif est que ce ne soit pas seulement l’intrigue qui retienne le lecteur, mais aussi les nuances et les détails de la culture que je mets en avant. Ce style de narration est d’ailleurs très bien adapté à l’ère de la lecture fragmentée.
Pour illustrer ce que je viens de dire, je t’invite à lire un passage du chapitre 12 de mon livre.
Philippe lit un extrait du livre aux lecteurs (partie traduite en français).
Quelques jours plus tard, Anne a rassemblé et enregistré tous les vœux d’anniversaire des femmes avec qui Félix avait couché, y ajoutant les siens. Lorsque j’ai rendu le stylo enregistreur à Cristina, c’était Katya qui avait ouvert la porte : “Cristina est partie en Roumanie pour les vacances de Pâques, elle n’était pas retournée dans son village natal depuis un an et demi. Elle est partie en covoiturage avec Alex, Béa et Sarah. Ils étaient partis il y a deux jours, ont passé la nuit en Allemagne hier, et maintenant ils doivent être entrés en Slovaquie. Ils resteront deux jours chez Béa, puis continueront vers la Roumanie et la Moldavie. ” J’ai exprimé ma surprise : “ Tu ne les accompagnes pas ? ” Katya a répondu avec un sourire : “ J’ai déjà planifié mon voyage pour aller voir des amis à Varsovie. Je crains que lorsque Cristina reviendra, je serai encore en Pologne. ”
Elle m’a invité à entrer dans sa propre chambre, où j’ai vu que ses murs étaient couverts de bandelettes de parfum et papier d’emballages de chocolat. Dans un coin de son bureau, il y avait également plusieurs bandelettes de parfum étalées. “Ce sont toutes des bandelettes que j’ai ramenées du musée du parfum à Paris, Dengjun, aimes-tu le parfum ?” assis sur son lit, je lui ai souri et dit : “Avant de venir en France, la fille la plus jolie de mon lycée m’a dit : Si tu étudies la chimie en France, tu dois absolument apprendre à fabriquer des parfums. Je suis venu en France pour le parfum.” Katya, ravie, a pris une des bandelettes sur son bureau et me l’a tendue : “Je suis d’accord avec ton amie, le parfum est le représentant le plus authentique de la France. J’aime le parfum parce qu’il est une expression de ton état d’esprit, comme les poèmes, la musique ou la peinture. Le parfum, c’est ta mémoire, tes désirs, ton humeur !” J’ai senti la bandelette qu’elle m’avait donnée sous mon nez. “Le parfum est quelque chose de très délicat, il faut non seulement le sentir avec le nez, mais aussi le ressentir avec le cœur.” m’a rappelé Katya. “Qu’est-ce que tu sens ?” “Un parfum frais et mélancolique. Au début, il semble léger, mais il est impatient de révéler une séduction envoûtante !” ai-je répondu. Katya a dit avec enthousiasme : “Oui, ce que tu tiens est Aqua Allegoria de Guerlain, comme une jeune fille innocente qui danse entre le rêve de grandir et le désir d’amour.” Elle m’a donné une autre bandelette. J’ai commenté : “Il y a de la luminosité, mais aussi de la profondeur, un contraste entre deux arômes opposés, excitant et avec un arrière-goût infini.” “Ce parfum est ‘Paris’ d’Yves Saint Laurent. Comme une femme qui vient de mûrir, tourmentée par l’amour et la séparation, aux émotions tourbillonnantes. Aimer avec une passion qui marque l’âme, haïr avec une force qui bouleverse le monde !” Concernant la troisième bandelette de parfum que Katya m’a donnée, je me suis senti : “À la fois fleur et herbe, malicieuse et mystérieuse, mais aussi accélérant le battement du cœur. Voulant soulever avec impatience ce voile pourpre pour découvrir le secret derrière.” Katya a acquiescé : “Comme la belle de la société qui attire tous les regards, captivante, coquette, agile, mais aussi mystérieuse, faisant que chaque homme souhaite lui offrir son cœur. C’est ce qui caractérise le parfum ‘Hypnôse’ de Lancôme.”
Elle me tendit avec sérieux les deux dernières bandelettes qui restaient sur la table : “C’est juste dommage que ça fasse une semaine depuis que je suis revenue de Paris. Même si je les ai scellées dans un sac plastique, ce que tu sens maintenant, c’est essentiellement la note de fond.” “La note de fond?” Katya acquiesça : “Comme un mouvement musical est composé de différentes tonalités, le parfum se compose de notes de tête, de cœur et de fond. Chaque note a son propre charme. Ainsi, à chaque fois que tu sens un parfum, tu peux percevoir de subtiles différences et des changements constants. C’est le plaisir que le parfum apporte à l’humanité !” Elle m’a invité à sentir les deux bandelettes que j’avais en main : “”Que ressens-tu ?” Je me suis concentré pour ressentir: “Je ne sens que des fleurs opulentes, d’une beauté sans limites, qui révèlent avec intensité une élégance et une sensualité infinies.” Katya a commenté : “Seule une femme indépendante, confiante et d’une beauté sans pareil peut maîtriser le parfum ‘J’adore’ de Dior. Son autorité, son noblesse et sa prestance royale font succomber d’innombrables hommes à ses pieds !”
J’ai pris la dernière bandelette de parfum, laissant chaque cellule de mon nez orchestrer une symphonie céleste au milieu d’un tourbillon des émotions : “Je perçois une élégance gracieuse, une noblesse inégalée ! Un luxe à la fois somptueux et pourtant discret et serein. Une expression subtile difficile à exprimer avec des mots.” “Exactement, c’est la perle de la couronne, la description ultime de la puissance féminine !” déclare Katya avec solennité. “Dans le parfum ‘Chanel N°5’, tu peux voir une telle femme, elle endure la difficulté et la solitude sur le chemin épineux de la quête de liberté, sans jamais changer sa fierté inébranlable. La vie, telle une longue rivière, lui a conféré la sagesse et la majesté, permettant à son âme, plus vaste que le firmament, de s’ouvrir à la compréhension, la tolérance et la sérénité. En vérité, la force la plus puissante est souvent douce ; les mots les plus émouvants sont souvent simples. Mais si tu es suffisamment perspicace, tu pourras reconnaître sa valeur, chérir sa sincérité et apaiser le cœur lacéré qui se dissimule derrière son calme visage.
Je regardais Katya avec un air naïf, et son visage était rempli d’attente et d’allusions. Elle ramassa toutes les bandelettes et dit : “Le moment où le parfum touche la peau est le plus impactant. Avec le temps qui passe, il se mêle lentement à ta peau et devient une partie de toi. Ton sentiment envers elle évoluera progressivement. Certes, les trois notes du parfum peuvent être complètement différentes, mais elles sont entrelacées et équivoques. Tu commences par chercher une senteur, mais à la fin, c’est peut-être une autre qui aura capturé toute ton affection, partageant tes tristesses et tes joies. Mon cher, c’est son arôme le plus authentique, la plus durable, la plus précieuse. Quand elle se débarrasse de ses déguisements pour te révéler son vrai visage. Elle te fait alors devenir son dieu, tout son cœur t’est dédié. Mon ami, ne sois pas ingrat, même si elle est différente de ce que tu avais imaginé au début ! Si tu laisses passer, tu le regretteras toute ta vie ! “
Après être revenu de chez Katya, je suis resté dans un état de tourmente. Katya, avec ses sous-entendus, m’accusait clairement de trahir les sentiments sincères de Cristina, et de l’avoir blessée. Mais la relation complexe entre Cristina et moi m’empêchait d’agir sans réfléchir. Je voulais que Cristina et Katya comprennent toutes les deux que je ne suis pas ingrat, que j’ai ma propre dignité : je n’oublierai jamais que c’était Cristina qui m’a tiré du bourbier lors des moments les plus difficiles de ma vie. Mais comment pourrais-je lui faire savoir cela ? Mes paroles ne fourniraient-elles pas encore la preuve pour une autre série de rumeurs ?
Philippe demande la question numéro 6:
Pourquoi souhaites-tu partager cette partie de l’histoire avec les lecteurs ?
Dengjun répond à la question 6:
Dans ce passage, les lecteurs pourront voir une multitude de détails. Lors de cette conversation qui s’est déroulée au printemps 2006, Katya, la meilleure amie de Cristina, essaye de me convaincre de chérir les sentiments que Cristina a pour moi. Mais comme mon attitude envers Cristina était très ambiguë à l’époque, elle n’a pas pu être trop directe pour ne pas la mettre mal à l’aise. Elle a donc utilisé le parfum comme métaphore de la vie d’une femme. À ce moment-là, si mon attitude envers Cristina était floue, ce n’était pas par choix, mais à cause de difficultés personnelles que je ne pouvais pas partager. Comme le montre la dernière phrase de ce passage, il y avait des rumeurs que je ne pouvais pas démentir en raison de mon identité de Chinois. Toute la connaissance des parfums mentionnée dans ce passage sert l’intrigue, mais il est aussi rempli de détails. Les lecteurs non seulement apprendront les trois notes des parfums, mais ils découvriront aussi les cinq parfums les plus populaires sur le marché en 2006, ainsi que leurs caractéristiques olfactives. Ce passage introduit également les cinq marque les plus célèbres de cosmétiques françaises derrière ces parfums.
Au fil de ma carrière, j’ai développé des relations étroites avec ces cinq entreprises de cosmétiques, et leur mention dans ce passage sert à préparer la suite du récit. Par exemple, la première entreprise mentionnée est Guerlain. Lorsque je suis arrivé à Bordeaux pour mes études d’ingénieur, mon tout premier stage a eu lieu dans l’usine de parfums de Guerlain. Le premier président de la cosmetic valley est aussi jean paul guerlain. En 2009, lors de mon stage chez L’Oréal, l’entreprise venait d’acheté Yves Saint Laurent. C’était l’un des sujets importants de nos déjeuners entre stagiaires à l’époque. Pendant ce stage, j’avais des sentiments pour une jeune Bordelaise, Marie Platon. À Noël 2009, j’ai passé les fêtes chez la mère de Marie et je lui ai offert le parfum Hypnôse de Lancôme, mais malheureusement, Marie venait tout juste de trouver un copain. Nous avons perdu contact pendant 13 ans, avant de nous retrouver. Je lui ai dit que je l’avais écrit dans mon livre. Tu connais Marie, c’est elle qui est allée te voir pour récupérer la lettre de recommandation que tu avais écrite pour mon livre, car tu étais à Bordeaux et je ne pouvais pas venir la chercher moi-même. Ensuite, tu as invité Marie et les enfants dont elle s’occupe à visiter ton château à Bordeaux. D’ailleurs, son frère est adoré la Chine. Quand je l’ai rencontré en 2009, il n’était encore en collège. Aujourd’hui, il est ingénieur nucléaire et représente la France dans l’exploitation de la centrale nucléaire de Daya Bay en Chine, devenant ainsi un ambassadeur informel des relations sino-françaises.
En ce qui concerne Dior, LVMH est la société présidente de la Cosmetic Valley. Grâce à mes relations avec M. Ansel et la Cosmetic Valley, je rencontre souvent Marc Antoine Jamet, secrétaire général de LVMH. Le cœur de LVMH est la maison Dior. Bien que Louis Vuitton soit plus célèbre, la structure de Dior est beaucoup plus spéciale au sein de l’entreprise. À chaque fois que Marc Antoine Jamet représente la Cosmetic Valley et offre des cadeaux qui représente le cosmétique français aux partenaires chinois, c’est toujours le parfum J’adore de Dior qu’il choisit. Quant à Chanel, cette autobiographie, qui couvre mes années jusqu’en 2012, n’est que la première partie de mon projet. Il est prévu que la seconde partie, qui relatera les sept années entre 2012 et 2018, soit publiée plus tard. Vers 2018, j’ai développé un projet de recherche sur la personnalisation des cosmétiques, basé sur ma thèse de doctorat, qui a beaucoup attiré l’attention de Chanel. Cependant, les droits de ma thèse ne m’appartenaient pas, ils étaient détenus par l’université où j’avais fait mon doctorat. Nathalie Volpe, la directrice scientifique de Chanel, ainsi que la vice-présidente de l’entreprise, ont alors contacté mon laboratoire universitaire pour tenter de racheter les droits de ma thèse, mais l’université a finalement refusé cette collaboration.
Philippe demande la question numéro 7:
Donc, ce passage fait écho à de nombreux autres événements à venir dans l’histoire. Tu dis que tu fais très attention aux détails dans ton écriture, mais il semble aussi que ton livre, comme toute œuvre littéraire, possède une certaine cohérence narrative. Ce n’est pas juste un recueil de souvenirs épars comme dans certains journaux intimes. Si on laisse de côté les détails, comment as-tu structuré ton récit dans l’ensemble ?
Dengjun répond à la question 7:
Oui, en effet, même si cette autobiographie raconte des événements réels de ma vie, elle n’a pas la forme d’un journal intime fragmenté ou de réflexions éparses. Elle a une vraie structure narrative solide. Par exemple, pourquoi Cristina et moi avons-nous eu ce malentendu ? Quelles sont les véritables différences entre la culture chinoise et la culture européenne ? Tout au long du livre, je cherche à répondre à ces deux questions, et pour cela, je parcours toute la France, rencontrant des gens de tous horizons, à la recherche des indices qui me mèneront à la vérité. Cette quête crée une forme de suspense qui incite le lecteur à suivre mon voyage et à découvrir les réponses avec moi.
Ce récit autobiographique de 1,5 million de mots est divisé en cinq parties. La première, déjà publiée, raconte comment Cristina m’a aidé et sauvé il y a 20 ans. C’est la seule partie où Cristina est présente de manière directe dans l’intrigue. Dans les parties suivantes, du deuxième au cinquième tome, Cristina n’apparaît plus que comme un fil conducteur, tandis que je voyage à travers la France, visitant villes et villages, rencontrant différentes personnes pour réfléchir et comprendre l’origine de notre malentendu : les différences culturelles entre l’Orient et l’Occident. Les 1,5 million de mots couvrent ma vie de 20 à 27 ans, mais avec une attention particulière sur mes 27 ans. À cet âge, tous les événements et personnages des six années précédentes réapparaissent de manière inversée et symétrique, menant à une conclusion commune. Le septième chapitre est d’ailleurs crucial, car il contient des dialogues et des indices sur la structure globale du livre.
Dans mon plan initial, la partie déjà écrite, couvrant ma vie de 20 à 27 ans, constitue la première moitié du récit. J’envisage aussi d’écrire une seconde partie, qui couvrirait mes 27 à 34 ans. Car, le jour de mon 28e anniversaire, un événement majeur a radicalement changé ma vie. Il a marqué une rupture entre ma vie avant et après cet instant. La première partie de ma vie décrit une descente progressive, bien que les personnages que je rencontre dégagent un optimisme certain. Mais dès le premier tome, le lecteur peut sentir une tragédie imminente, comme une maison sur le point de s’effondrer. Cette atmosphère de tragédie, liée aux valeurs et à l’optimisme des personnages, crée un contraste saisissant, ce qui confère au récit une certaine profondeur littéraire. À la fin du cinquième tome, le lecteur verra à travers mes yeux les ruines de ma vie. Pourtant, je laisse entrevoir un message d’espoir : le soleil se levant derrière le Mont Blanc, chassant la nuit froide de l’hiver à Lyon. Et la seconde partie, que je n’ai pas encore écrite, racontera comment, à partir de ces ruines, on peut courageusement reconstruire sa vie et son esprit.
Cette seconde partie ne sera pas aussi longue que la première. J’ai d’ailleurs une préférence pour la force tragique qui se dégage de la première moitié, rappelant les grandes tragédies grecques. La première partie est un hymne à la jeunesse, où les personnages sont idéalisés, pleins de pureté et d’une foi inébranlable en la beauté du monde, avec une imagination sans limites pour l’avenir. Mais elle montre aussi comment, petit à petit, ces idéaux s’éteignent face à la réalité, tout en soulignant l’importance de maintenir une certaine droiture et du courage face à la maturité. Cela apporte une dimension réaliste qui, je pense, trouvera un écho chez de nombreux lecteurs.
Quant à la seconde partie, encore à écrire, elle sera plus simple. Elle racontera comment, après avoir vu tous ses idéaux détruits, et après avoir découvert la fausseté des principes moraux en lesquels il croyait, quelqu’un peut encore trouver la force de vivre et de reconstruire un monde meilleur à partir des ruines. Mais les cicatrices émotionnelles laissées par ce parcours ne guériront peut-être jamais, et l’insouciance de la jeunesse, pleine de rêves, ne reviendra plus. Cela dit, depuis que j’ai commencé mon doctorat à Paris, j’ai eu l’occasion de voir et de vivre de nombreuses choses, de rencontrer des personnes célèbres, comme toi, ou Monsieur Ansel à mes côtés. Grâce à toi, j’ai été présenté à la petite-fille du général de Gaulle, à Madame Mitterrand, ainsi qu’à des figures emblématiques de l’industrie des cosmétiques et du luxe, comme Patrick-Louis Vuitton, Pierre Cardin, et les directeurs de la recherche chez L’Oréal, Chanel, et LVMH. J’ai aussi côtoyé des personnalités du monde politique, tant en Chine qu’en France. La seconde partie de cette autobiographie racontera un quotidien matériel très riche, mais c’est dans la première partie que se trouvent les émotions les plus profondes.
Philippe demande la question numéro 8:
Pour terminer l’interview d’aujourd’hui, j’aimerais que tu nous fasses une évaluation de ton livre, en mettant l’accent sur les techniques littéraires et la valeur littéraire de l’ouvrage.
Dengjun répond à la question 8:
Je pense que la particularité principale de ce livre, c’est qu’il intègre toutes les connaissances sur la société française dans les moindres détails, et que ces détails sont tissés dans une trame narrative complète, qui est, en plus, tirée d’une histoire vraie. Au cours de mes 20 ans d’échanges culturels entre la Chine et la France, j’ai vécu d’innombrables moments de chocs culturels et d’émotions intenses. Ce livre en est le fidèle témoignage. Beaucoup de ces détails ont une valeur académique, comme le catalogue des livres de l’institut franco-chinoise de Lyon ou encore des recettes de remèdes à base de plantes traditionnelles françaises. En ce sens, ce livre est un peu une œuvre académique déguisée en roman.
J’invite les lecteurs à prêter attention aux détails en lisant l’intrigue : les gestes des personnages, leur ton, les éléments de décor, etc. J’ai contribué de manière significative à la coopération sino-française dans le domaine des cosmétiques en étant très attentif à ces petits détails culturels, et grâce à mes compétences académiques. Cela permettait aux experts des deux cultures de travailler ensemble dans une atmosphère détendue et confortable. Les détails de la vie et les connaissances académiques présentés dans ce livre peuvent être très utiles pour les futures collaborations internationales.
D’un point de vue structurel, le livre utilise des éléments de rappel et de connexion entre les différentes parties de l’histoire. Il met un accent particulier sur les liens humains et les confrontations émotionnelles, et je suis convaincu que cela résonnera profondément avec les lecteurs. Cela inclut plus de 20 villes françaises, plus de 300 personnages, plus de 7 ans d’évolution de la société française, englobant une grande diversité de cultures et de développements technologiques. J’ai une ambition : dresser un portrait du monde de cette époque. Peut-être que dans 50 ou 60 ans, lorsque les gens de cette époque voudront comprendre à quoi ressemblait le monde entre 2004 et 2012, ils pourront trouver dans mon livre les réponses les plus riches et les plus détaillées.
L’intervention de clôture de Philippe.
Un grand merci à Dengjun pour ce partage, et merci au Club de lecteur de lumière de nous avoir offert cette plateforme. Nous espérons sincèrement que, grâce à ce livre, les lecteurs chinois pourront découvrir la richesse du patrimoine culturel français et avoir un aperçu vivant de la société. La lecture peut propager l’amour et la sagesse. Espérons que la lumière apporte la paix dans ce monde, et que l’amitié et l’intelligence des peuples chinois et français continuent de briller pour renforcer les liens diplomatiques entre nos deux nations. À très bientôt !
Certificats de droits d’auteur (versions internationale et chinoise)


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