5.13.16
« Bon, ça suffit, pas la peine d’en dire plus, le défendeur a bien compris votre message », Le Conciliateur m’interrompt brutalement, « Nous n’avons plus le temps, il faut commencer tout de suite la rédaction de la conclusion. Le prochain groupe de parties est déjà en train d’attendre devant la porte. » Il ouvrit l’ordinateur portable posé devant lui, et, tout en tapant sur le clavier, il lut à haute voix :
« …CONSTAT D’ACCORD :
Les parties soussignées ont convenu des termes de l’accord suivant mettant fin au différend intervenu entre elles et ce, en présence de Monsieur XXX, Conciliateur de justice près la Cour d’Appel de Lyon, attaché au Tribunal d’Instance de Villeurbanne :
- les parties reconnaissent l’existence d’une rumeur depuis plusieurs années alors qu’ils n’ont jamais été amoureux l’un de l’autre,
Il leva les yeux vers nous et demanda : « Pour cette clause, personne n’a d’objection ? » Cristina, les paupières baissées, répondit d’un ton indifférent : « Non. »
Je sens mon cœur se briser. Tout ce que j’ai fait silencieusement pour elle pendant tant d’années… N’avais-je pas espéré, au fond de moi, qu’ils soient un jour reconnus ? N’avais-je pas désiré, malgré moi, un retour ? Mais tout cela allait se dissoudre à l’aube, comme l’écume sur la mer, emportée par le vent, sans laisser de trace. Ah ! Si seulement elle savait… que pour la protéger dans l’ombre, pour qu’elle puisse vivre en paix, j’ai choisi d’endosser seul le poids des rumeurs, ainsi que la souffrance, l’humiliation et l’exclusion de tous nos amis ; j’ai sacrifié toute ma vie, tout mon destin, pour l’échanger contre sa sécurité !
Mais je me contentai de me mordre la lèvre, avec une expression sérieuse, j’acquiesçai de la tête et répétai : « Je souhaite toujours que nous puissions lire ensemble ce que j’ai écrit. Ce n’est qu’en lisant ces exemples que vous comprendrez que l’essentiel de la rumeur ne consiste pas à déterminer si je l’aime ou non. L’aimer ou ne pas l’aimer n’a aucune importance. Ce qui rend la rumeur réellement destructrice, c’est que si l’hypothèse ‘je l’aime’ est considérée comme vraie, alors toutes les autres calomnies qui portent atteinte à ma morale et à mon image deviennent soudain crédibles, ce qui permet de mobiliser tout le monde pour me traquer et m’anéantir moralement. Tout ce qui s’est passé ensuite, je ne l’ai fait que sous le poids de cette mise en accusation morale, dans une position où je ne pouvais que me défendre. »
Le conciliateur hocha la tête :
« D’accord, alors écrivons le deuxième point ainsi : »
- cette situation leur a causé un préjudice,
Je protestai : « Cette phrase n’a aucun sens. Si vous ne décrivez pas en détail le contenu de ces préjugés, comment les autres pourront-ils comprendre les motivations et la légitimité de mes actes qui leur semblent ‘incompréhensibles’ ? » « Vous pouvez leur expliquer oralement, Monsieur, » dit le Conciliateur, « mais dans le constat d’accord, on ne peut pas entrer dans un tel niveau de détail. »
« Alors il faut au moins que vous fassiez comprendre à tous une chose : que ce soit moi qui l’aie invitée à Lyon ou moi qui me sois rendu à Strasbourg, ces initiatives venaient de Cristina elle-même. À l’époque, elle et ses amis m’ont donné des ordres contradictoires en employant un ton presque menaçant, me donnant le sentiment que, si je ne répondais pas à leurs exigences, je serais exposé à d’autres accusations encore plus lourdes. Mais plus tard, Cristina a nié avoir tenu de tels propos, et a au contraire utilisé les actions que j’avais faites à sa demande comme preuves de mon prétendu harcèlement. Tous ces faits sont clairement exposés dans la chronologie que j’ai rédigée.
On me reproche d’avoir voulu parler avec Cristina, et on appelle cela du harcèlement. Mais on ignore que c’est Cristina qui a choisi de faire son doctorat juste en face de l’entreprise où je devais travailler, et qui a placé sa bourse de thèse dans le laboratoire où je faisais mon stage de fin d’études. Déjà placé dans une position de soupçon permanent, comment pouvais-je rester silencieux face à cette coïncidence troublante, sans chercher à communiquer ?
J’insiste fortement pour que ces causes et conséquences soient écrites, afin que tout le monde comprenne l’injustice que j’ai subie. Sinon, je continuerai à être dérangé sans fin par les autres à l’avenir. »
5.13.17
« D’accord, » dit le conciliateur, et il écrivit donc :
- à la lumière des explications, les accusations de harcèlement se révèlent excessives,
Il continua d’écrire :
- les parties admettent de limiter leurs contacts futurs (dans toute la mesure du possible) aux besoins professionnels ou aux situations fortuites,
Je ne peux m’empêcher de me plaindre, que sa phrase en français était très alambiquée. Et surtout, dans le document original de la conciliation, juste après le mot “(dans toute la mesure du possible)”, à cause du manque d’espace sur la page, le logiciel Word avait automatiquement déplacé la suite — « …aux besoins professionnels ou aux situations fortuites » — à la ligne suivante. Cela avait provoqué, à la lecture, une pause nette après la parenthèse fermante. Mon esprit avait inconsciemment inséré une virgule à cet endroit.
Ce n’est que lorsque j’écris ce récit mémorial, en écrivant ces lignes aujourd’hui, en relisant attentivement ce document que je n’avais pas eu la force d’ouvrir depuis plus de dix ans (ce document me faisait tellement souffrir que je ne l’avais pas relu une seule fois en plus de dix ans), que je réalise soudain qu’il n’y avait pas de virgule à cet endroit. Et pourtant, l’ajout mental d’une simple virgule avait suffi à changer entièrement le sens de cette phrase. Ce nouveau sens, issu de mon erreur de lecture, a façonné les regrets et la mélancolie qui hantent ma vie depuis dix ans.
Le sens que j’avais compris dans mon esprit était : « Les deux parties conviennent d’interdire tous leurs contacts futurs, (dans tous les scénarios possibles), que ce soit dans un cadre professionnel ou dans toute situation de rencontre fortuite. » (En fait, s’il avait placé le complément entre parenthèses à la fin de la phrase, une telle ambiguïté grave n’aurait pas été créée dans la structure de la phrase et la mise en page du texte.)
J’étais profondément confus — je ne comprenais ni le sens exact de cette phrase, ni la raison pour laquelle il avait écrit ainsi. « Qu’essayez-vous exactement d’exprimer avec cette phrase ? » demandai-je.
« Ce que je veux dire, » répondit le conciliateur, en relisant mot pour mot sa propre phrase. Arrivé à la parenthèse, il marqua une pause, comme s’il y avait une virgule . « … C’est une clause destinée à vous protéger, pour éviter que des gens continuent à vous soupçonner à l’avenir. En fixant des limites très claires, on évite toute ambiguïté. »
« Mais votre phrase, au contraire, ne fait que créer encore plus d’ambiguïté ! Vous nous demandez de limiter tout contact possible. Alors si un jour je la croise dans un contexte professionnel, que suis-je censé faire ? Dois-je arrêter complètement de chercher du travail ? »
Le Conciliateur semblait un peu perplexe face à ma réaction agitée : « Alors comment suggérez-vous que nous l’exprimions ? »
Je retins ma colère et dis : « Je ne comprends pas pourquoi vous avez tenu à ajouter cette phrase : je dois limiter tout contact avec Cristina dans le futur. Si vous aviez lu la chronologie que j’ai écrite, vous comprendriez que si j’ai tant souffert et subi de telles pertes ces dernières années, c’est précisément parce que, sous l’effet de la rumeur, et alors que nous avions des amis communs et évoluions dans la même spécialité professionnelle, j’ai toujours cherché à ‘limiter tous les contacts occasionnels avec Cristina’. En soulignant spécifiquement qu’il faut limiter les contacts avec elle dans « le futur » , vous suggérez qu’au « passé » j’ai continuellement essayé de me rapprocher d’elle. Mais c’est contraire à la réalité. Cela ne fera que renforcer, chez ceux qui liront cette conclusion, la croyance que ce que racontent les rumeurs est vrai.
Lisez ma chronologie s’il vous plaît, vous verrez qu’il n’y a personne qui ait redouté plus que moi de perturber la vie de Cristina, personne qui ait mis plus de soin à s’éloigner d’elle, précisément pour que même des rumeurs ne puissent troubler sa sécurité ni sa tranquillité. Et j’ai assumé sans hésiter tous les sacrifices et les pertes que cela a entraînés. Vous devriez écrire ceci: ‘Les deux parties reconnaissent le fait suivant, que Monsieur Dengjun WANG a constamment cherché à s’éloigner de Cristina ces dernières années, et que cela lui a coûté très cher. ‘. »
Le Conciliateur dit : « Tout ce dont vous évoquez concerne le passé. Mais un constat d’accord doit être tourné vers l’avenir. » « Mais dans ce monde il existe pleine de paroles hypocrites, tant de promesses non tenues… une déclaration vague sur papier ne suffit pas à reconstruire la confiance des autres en moi. Même avec votre conclusion, Cristina va sûrement continuer à craindre que j’aie encore l’intention de la harceler. Il n’y a qu’en lisant ma chronologie et voyant les faits et les efforts que j’ai fournis par le passé pour m’éloigner d’elle, que l’on pourra croire sincèrement qu’il est absolument impossible que je cherche à la revoir à l’avenir. »
«Très bien,» dit le conciliateur. « Alors, nous allons ajouter une ligne supplémentaire : »
Et donc, avant la phrase « les parties admettent de limiter leurs contacts futurs (dans toute la mesure du possible) aux besoins professionnels ou aux situations fortuites, », il ajouta une phrase :
- les deux parties reconnaissent leurs bonnes fois respectives,
5.13.18
« Mais cette phrase n’est pas honnête, » dis-je avec amertume. « Si nous n’avons même pas le temps de relire ce qui s’est passé, que peut-elle réellement comprendre ? La bonne foi respective d’une personne se manifeste à travers des faits, pas à travers un slogan creux. »
Je regardai Cristina. Mon cœur battait si fort qu’il semblait vouloir jaillir de ma poitrine comme un lapin affolé. J’avais envie de lui crier : c’était toi qui m’avais demandé de t’offrir mon amitié, et j’ai tenu ma promesse : cette amitié ne consistait pas à t’accompagner tous les jours, mais à intercepter les coups dans l’ombre, quand des gens malveillants voulaient te nuire sans que tu le saches. Quand les rumeurs nous ont forcés à nous blesser mutuellement et à nous quereller, j’ai léché mes propres blessures et je me suis retiré loin de toi, assumant tous les blâmes et les reproches des autres, te laissant une vie paisible et une bonne réputation.
Peux-tu reconnaître cette amitié que je t’ai donnée ? Ce n’est peut-être pas l’amitié classique qui apporte des rires et des moments partagés. C’est une amitié silencieuse, née d’un véritable dévouement, d’un sacrifice de soi pour t’empêcher de tomber dans les pièges infernaux que ces gens-là avaient préparés pour toi.
Je me tournai vers le Conciliateur et dis : « La conciliation est censée permettre aux deux parties de comprendre le point de vue de l’autre. Or aujourd’hui, durant cette conciliation, j’ai été le seul à parler. Je ne sais même pas si l’autre partie m’écoute. Et je suis venu ici pour savoir où exactement l’autre partie trace la limite du harcèlement. Car depuis le tout début, je n’ai jamais voulu la déranger. Et il n’y a qu’en connaissant précisément cette limite que je pourrai, à l’avenir, limiter tout contact avec elle.
Vous avez dit que la conciliation avait pour but de donner à chaque partie l’occasion de s’exprimer pleinement, afin qu’elles puissent se comprendre. Mais si la chronologie que j’ai écrit n’a même pas été ouvert ni lu, comment peut-on parler d’expression pleine ? Et comment la conciliation pourrait-elle atteindre son effet ? Je souhaite que vous ajoutiez cette clause :‘Les deux parties ont l’obligation de lire le résumé rédigé par l’autre partie, de comprendre les torts subis par l’autre, puis de discuter du contenu du résumé.’ »
« Je ne peux pas écrire ça, » refusa sèchement le conciliateur. « Si l’autre partie le souhaite, elle lira bien sûr votre chronologie. Mais cela relève de la volonté individuelle, je n’ai pas le pouvoir d’ajouter une clause contraignante. »
Je dis à Cristina d’un ton suppliant : « J’ai vraiment besoin que tu lises cette chronologie, que tu comprennes ce qui s’est réellement passé dans ces dernières années, que tu comprennes les concessions, les éloignements et les dévouements que j’ai faits pour éviter que tu te sentes harcelée. Il n’y a que comme ça que tu pourras te sentir en sécurité pour toujours, et être en paix avec toi-même. Tu la liras ? » Cristina émit un « hmm » réticent.
Le monsieur à ses côtés dit poliment : « Rassurez-vous, Monsieur Wang. Nous lirons attentivement le document que vous nous avez donné et nous vous ferons part de nos réflexions. » Je le regardai avec gratitude.
5.13.19
Le conciliateur hocha la tête, regarda l’ensemble des personnes dans la salle et dit :
« Alors, pouvons-nous considérer que nous sommes parvenus à un consensus ? »
Je dis : « Je dois encore ajouter une clause importante : le véritable objectif de la rumeur était de ternir ma réputation. Elle a pris prétexte de ma relation avec Cristina pour nous pousser à nous blesser mutuellement, à nous enfermer dans la peur. Mais ce que cet escroc voulait réellement, c’était couper tous mes liens avec mes anciens amis, pour que Cristina et moi devenions ses amis exclusifs — ses esclaves.
Et ces anciens amis qui m’ont exclu et éloigné après avoir entendu des rumeurs… Étant tous des ingénieurs chimistes, ils répandent partout dans le milieu professionnel ces histoires sales à mon sujet décrites par les rumeurs comme s’il s’agissait de commérages, ce qui m’empêche à jamais de relever la tête dans l’industrie. C’est cela qui me fait le plus peur, qui m’empêche de chercher du travail en paix.
Tout comme aujourd’hui, en fait il y a trois ans, Cristina m’avait déjà déclaré qu’elle n’avait rien à voir avec l’éloignement de ces amis, et m’a demandé d’aller moi-même à Strasbourg pour m’expliquer à ces amis.
Mais juste au moment où j’ai renoué le contact avec ces personnes à Strasbourg, avant même que j’aie pu prouver mon innocence auprès d’eux, tout a échoué parce que Cristina a parlé de moi en mal à tout le monde.
Ces personnes ne font maintenant confiance qu’à Cristina. Je suis venu à cette conciliation pour retrouver mon honneur, et seule Cristina elle-même peut faire savoir à ces anciens amis que les mauvaises choses qu’elle a dites à mon sujet étaient basées sur un jugement erroné.
Je demande à Cristina de faire tout son possible pour diffuser la vérité et m’aider à récupérer les amis que j’ai perdus à cause d’elle ! »
« Mon cher monsieur, » dit le Conciliateur avec une certaine résignation : « Une fois que vous aurez en main ce constat d’accord signé par toutes les parties, vous pourrez l’apporter à ces anciens amis que vous souhaitez retrouver, l’effet sera le même. C’est un document juridique, La signature de la partie adverse signifie qu’elle reconnaît la validité de vos propos. »
Je laissai échapper un rire sec et amer, ressentant en moi un immense sentiment de désillusion et d’échec. Le Conciliateur ajouta une dernière clause :
- chacune des parties pourra produire ce constat d’accord auprès de certains de leurs amis communs.
Je pensais en silence : mais ces soi-disant « amis communs » ne sont plus mes amis. Sans l’intervention de Cristina pour expliquer, es personnes ne me considéreront jamais plus comme quelqu’un de respectable, d’honnête, digne d’être cru. Ils ne croiront aucun de mes mots. Ils ne me donneront même pas la chance de leur montrer ce constat d’accord et de m’expliquer.
« Voilà, l’affaire est conclue ! » déclara le conciliateur avec satisfaction.
Il écrivit les dernières lignes :
En conséquence :
- Il est ainsi mis définitivement fin au différend intervenu entre les parties.
- Après lecture de cet accord établi en quatre exemplaires, les parties déclarent en approuver les termes et le signent avec le Conciliateur de justice.
- Un exemplaire du présent accord est remis à chacune des parties, un exemplaire est conservé par le conciliateur de justice et un dernier exemplaire sera déposé par lui au Greffe du Tribunal d’Instance de Villeurbanne
Il sortit de la pièce voisine les quatre exemplaires imprimés du document :« Veuillez signer, Madame, Monsieur. »
5.13.20
Cristina prit directement les documents et signa sans hésitation. Puis elle me poussa les documents signés. Je restai indécis. Certains mots me paraissaient encore flous, comme si je ne les avais pas pleinement compris. J’avais peur qu’après ma signature, quelque chose que je n’avais jamais fait devienne un fait établi. Instinctivement, je lançai un regard interrogateur à Pierre-Éric. Il me regarda avec bienveillance et me dit d’un ton encourageant : «Tu peux le signer, il n’y a pas de problème. »
J’hésitai longuement, puis finis par signer lentement, sans réelle assurance. « J’espère que tout cela pourra vraiment se terminer… que mon futur ne sera plus vécu dans la peur de ces rumeurs. »
Le conciliateur dit avec désinvolture : « Ce sera certainement le cas, après la conciliation d’aujourd’hui, vous aurez l’arme pour vous défendre. » Il semblait avoir une étrange confiance en son influence.
Le conciliateur récupéra les deux exemplaires signés. Tout le monde se leva simultanément. « Peut-être qu’on se serre la main pour célébrer la fin du malentendu ? » proposa le conciliateur. Avant même que Cristina ne puisse réagir, je secouai la tête tristement : « Merci, mais peut-être pas la peine. Merci encore à tous pour votre temps.»
Le conciliateur accompagna alors Cristina jusqu’à la sortie. Pierre-Éric et moi restâmes encore un moment dans la salle de conciliation, jusqu’à ce que nous soyons certains que Cristina se soit éloignée de l’Hôtel de Ville. Lorsque je suivis Pierre-Éric jusqu’à la porte de sortie de la salle de conciliation, je me retournai une dernière fois, contemplant longuement la pièce désormais vide. Chaque meuble, chaque objet, j’ai soif de les graver dans ma mémoire. Mille émotions se bousculaient en moi. C’était ici que j’avais vu Cristina pour la toute dernière fois de ma vie. Désormais, nos chemins se séparaient pour toujours. Que chacun veille sur ce qu’il lui reste à vivre.

